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Article
fondateur du CIIB, rédigé en 1982 par son Président Jean
SALWA,
publié dans "Inter-charges" (Bulletin du comité
inter-entreprises de la Bourse de Paris).
"Seulement
2% des Sociétés Anonymes Françaises sont cotées en Bourse.
Celles-ci n'utilisent pas les possibilités qu'offre le marché
financier de développer leurs fonds propres."
"La priorité
essentielle de la politique économique et sociale du gouvernement est
d'assurer les besoins liés à la croissance économique et à la création
d'emplois."
C'est en ces termes que
débute la lettre de mission de la Commission "Protection et développement
de l'Epargne", créée en septembre 1981 sur les vœux du
Ministre des Finances et du Président de la République.
Dans cette lettre de
mission, il est précisé, plus loin, parmi les objectifs à atteindre
: "Permettre aux entreprises - en développant les capitaux à
risque - de trouver les fonds propres qui leur sont nécessaires
"…
Tous les gouvernements
précédents avaient cette même préoccupation, mais, semble-t-il,
avec moins de détermination qu'actuellement, surtout envers les
PME-PMI.
Dans le but de développer
le rôle économique de la Bourse, de nombreuses commissions ont été
créées, des propositions suggérées, des réformes appliquées,
notamment :
- en 1962 : unification de la coulisse et du parquet,
- en 1966 : Etudes et suggestions des organisations syndicales de la
Bourse et M.E. Meeschaert,
- en 1968 : création de la C.O.B,
- en 1978 : Loi Monory,
- en 1981 : rapport Pérouse.
Et, malgré des
circonstances éminemment favorables, particulièrement ces trois
dernières années, grâce à la loi Monory, le problème du rôle de
la Bourse dans la reconstitution des fonds propres des entreprises n'a
pas évolué, bien au contraire. Il y avait en 1975, huit cents sociétés
inscrites dans les Bourses françaises, qui représentaient près de
60% de la valeur ajoutée de l'économie française. En 1981, suite
aux fusions de sociétés et radiations de la cote, il restait, malgré
une moyenne de six introductions par an, 580 sociétés représentant
maintenant 45% de l'économie française. Les nationalisations vont
ramener ces chiffres aux alentours de 30%.
Le marché financier se
referme donc davantage sur lui-même, le poids des sociétés cotées
en Bourse, en regard de l'économie française, déjà dérisoirement
faible, continue à diminuer rapidement.
L'accélération
de l'endettement des entreprises
Depuis 1974, le
ralentissement de l'expansion a entraîné une profonde dégradation
de la situation financière des entreprises. Leur compétitivité et
leur rentabilité ont connu un certain affaiblissement, les apports en
fonds propres ont été si faibles, qu'elles n'ont pu éviter une
nouvelle accélération de leur endettement, au point que celui-ci
atteint des niveaux préoccupants et même souvent catastrophiques.
Actuellement, les
investissements nouveaux se font par autofinancement, mais surtout,
par emprunts à court, moyen et long termes ; ce qui fait perdre aux
sociétés leur autonomie financière, au profit d'organisations qui
ne sont ni des épargnants, ni des industriels, ni des entrepreneurs :
mais un système bancaire vers lequel toute la gestion des entreprises
est tournée.
En effet, les frais
financiers des sociétés françaises représentent en moyenne, en
1981, 7% du chiffre d'affaires.
L'éventail se situe
entre 2,5 et 3% de ce chiffre d'affaires pour les sociétés ayant une
bonne trésorerie, et de 10 à 12% pour les entreprises ayant des
difficultés.
Beaucoup de sociétés
sont au bord du dépôt de bilan, et ne travaillent que pour payer les
agios et les intérêts.
Dans le même temps,
les sociétés cotées n'utilisent plus, à quelques exceptions près,
la Bourse, pour développer leurs fonds propres et trouver de nouveaux
actionnaires, malgré l'opportunité de la Loi Monory.
Notre économie, avec
l'illusion d'une croissance indéfinie, a laissé croire - nos
banquiers aidant - que le marché financier était devenu inutile.
C'est ainsi que les "capitaines" des grandes sociétés cotées
qui détiennent leur pouvoirs de l'Assemblée Générale des
actionnaires, accentuent cette dépendance au crédit bancaire.
Lorsque l'on sait que,
par le jeu des pouvoirs en blanc, qui arrivent aux Banques, ce sont
ces dernières qui contrôlent les conseils d'administration et leur
président, nous pouvons alors commencer à comprendre pourquoi les
sociétés cotées préfèrent les services du crédit (très rémunérateur
pour les Banques), plutôt que celui de leur concurrent direct,
"la Bourse" (qui ne leur rapporte rien).
Il
manque à la Bourse un réseau commercial
Devant les différentes
techniques de financement proposées par le monde financier, la réticence
des Agents de Change à développer le rôle de la Bourse en tant que
moyen de financement direct pour les entreprises, s'explique :
1. Par
le fait que les Agents de Change, "Officiers Ministériels",
bénéficient du monopole de cotation des valeurs mobilières ; ils
craignent de perdre ce monopole et ne cherchent pas à le développer,
mais simplement à le maintenir.
Ce n'est que depuis
quelques mois, et grâce à l'esprit de la Loi Monory, que les Agents
de Change ont commencé à faire de la publicité, pour s'adresser aux
épargnants ; mais en ce qui concerne le financement des entreprises
par la Bourse, c'est toujours le "statu quo"… (Il y a bien
eu, depuis des années, des déclarations d'intention de régénérer
le tissu boursier, mais jamais la possibilité de l'utilisation du
marché financier, comme instrument de financement, pour des milliers
d'entreprises, n'a été envisagée. Rien n'a été fait pour
encourager les initiatives allant dans ce sens, bien au contraire).
Nous avons pu entendre,
récemment, dire par la profession : "… la Bourse n'est pas
une pompe à financer les entreprises..."
C'est ainsi que la
majorité des chefs d'entreprise ignorent toujours tout de la Bourse.
Le seul interlocuteur
financier des sociétés, c'est toujours le banquier et jamais
celui-ci ne les orientera vers ce concurrent qu'est la Bourse ; en
effet une des caractéristiques du développement des fonds propres
des entreprises, c'est d'amener celles-ci à diminuer leur
endettement, donc le financement par le crédit, et ainsi, tendre à réduire
l'activité essentielle des Banques.
On voit mal comment
celles-ci, même nationalisées, pourraient l'accepter.
2. En
fait, le principal frein au développement des initiatives
commerciales des Agents de Change vis-à-vis des entreprises est que
ceux-ci craignent de concurrencer les Banques ; celles-ci ont en fait
acquis le monopole du financement des entreprises ; lorsqu'un agent de
change démarche une entreprise cliente d'une Banque, il y a mécontentement
de cette dernière, et des "sanctions" peuvent être prises
contre l'Agent de Change trop commerçant, s'il n'entre pas dans le
rang.
Nous avons vu des
Officiers Ministériels, appelés auprès des chefs de Bourse de
Banque, pour s'entendre signifier d'arrêter leur contact avec les
sociétés " X " ou " Y " … sous peine de se
voir "retirer les ordres".
C'est à dire que la
banque, qui est généralement un bon et gros client pour l'Agent de
Change, ne travaillerait plus avec ce dernier, s'il poursuivait ses démarches
commerciales et une perte énorme pour celui-ci, s'il insiste.
Il faut savoir que les
Agents de Change n'ont pas de réseaux commerciaux à travers la
France, et que la collecte des ordres de Bourse (principale ressource
des Agents de Change), se fait par l'intermédiaire des guichets de
Banques. C'est ainsi que près de 80% des affaires des charges
arrivent par le canal des Banques !
Si celles-ci venaient
à supprimer leurs relations avec un Agent de Change, 80% des recettes
viendraient à disparaître et avec elles, s'ensuivrait la fermeture
de cette charge.
Nous comprenons mieux
ainsi comment on peut calmer les ardeurs de la Bourse, vis à vis des
entreprises.
3. Ce
n'est qu'en période de crise pour la profession boursière que les
Agents de Change se préoccupent de leur survie, et proposent des réformes
éventuelles. C'est ainsi que la fusion coulisse-parquet et la réduction
du nombre des Charges a eu lieu ces vingt dernières années après
des périodes de marasme.
Il est temps d'utiliser
la Bourse, au service du Pays, car le pari que la France fait
actuellement, pour relancer l'économie et l'emploi est bien mal engagé
du fait de la structure dangereusement inadaptée du système
financier.
La caractéristique de
la quasi-totalité des PME-PMI, qui représentent 40% de l'économie
du Pays, et qui sont les principaux créateurs d'emplois, est que ce
sont des sociétés à caractère familial. Elles n'ont pas ouvert
leur capital au public, et les titres de ces sociétés sont détenus
seulement par quelques personnes. C'est un actionnariat sans
actionnaire, ou personne ne peut ou ne veut faire face aux
augmentations de capital en numéraire, d'où l'endettement.
Les
bourses françaises s'ouvrent aux PME-PMI
La C.O.B, très
consciente de tous les blocages et considérant qu'il fallait
faciliter l'accès des PME au marché boursier pour diffuser leurs
actions et leur permettre de faire appel à l'épargne publique, a décidé
en novembre 1977, de créer le "compartiment spécial" du
hors cote.
L'avantage de ce
"compartiment spécial" , antichambre du marché boursier
officiel, est qu'il encourage les sociétés à accéder à la Bourse,
en réduisant au maximum le coût et les formalités.
La
Bourse possède, depuis 1977, un outil adapté pour s'ouvrir aux
PME-PMI.
Encore faut-il
l'utiliser, et connaissant les "blocages" qui existent entre
banques et agents de change, il était prévisible que cette
excellente initiative n'apporte pas les résultats attendus.
Pour développer ce
"compartiment spécial" et faire venir des sociétés de
Bourse par la voie du hors cote, il ne fallait donc pas être agent de
change, ni banquier, c'est pour cela que j'ai décidé de m'inscrire
comme auxiliaire de la profession boursière et démarcher les sociétés.
Je reprenais un chemin
qui existait du temps de la coulisse, la "commercialisation de la
Bourse".
Une expérience
à développer : le démarchage des PME
Depuis dix-huit mois,
malgré une période politiquement peu favorable, j'ai contacté 180
PDG ou directeurs financiers. Ces entreprises ont un chiffre
d'affaires qui se situe entre 60 millions de francs et 3 milliards de
francs ; elles emploient de 100 à 8 000 personnes.
Au cours de mes
contacts, j'ai été souvent reçu avec étonnement et méfiance, se
transformant généralement, au cours de ma visite, en sympathie et
intérêt.
J'ai constaté,
partout, une réelle méconnaissance de la Bourse, et des possibilités
qui sont offertes aux entreprises, pour faire appel à l'épargne
publique.
Les principales préoccupations
de ces sociétés sont :
- la progression des frais financiers,
- la crainte de voir entrer dans la société des groupes financiers,
- le problème de pérennité de l'entreprise (beaucoup de ces sociétés
ont été créées après la guerre et près de 30% des chefs
d'entreprises sont proches de l'âge de la retraite),
- le financement de la croissance de l'entreprise.
Dans vingt sociétés,
l'expert comptable a recommandé à la société d'utiliser le marché
financier, dans tous les cas, le banquier les en a dissuadées.
Les éléments supplémentaires
qui freinent les entreprises à se faire coter sont les suivants :
- le coût trop élevé (le hors cote résout ces problèmes),
- les formalités trop nombreuses (id.),
- la crainte de céder une participation à un groupe concurrent ou
financier (il existe des moyens tels que : actions sans droit de vote,
action à vote plural, etc…, pour parer ces risques),
- la présentation des éléments comptables n'est pas toujours adaptée
à une cotation (il faut simplement un certain temps pour les aménager),
- et surtout, la méconnaissance des chefs d'entreprise, sur ce que
peut leur apporter la Bourse.
Pour
que la Bourse finance les entreprises
Il faut un certain
temps aux idées pour faire leur chemin, et c'est ce scepticisme sur
les possibilités de la Bourse qu'il faut vaincre. Des moyens
d'information peuvent être mis rapidement en œuvre, pour faire découvrir
ces réelles possibilités.
Le marché financier
peut utiliser et développer la libre confrontation de l'offre et de
la demande de capitaux qui existe sur les Bourses françaises, et
ainsi, créer un véritable marché primaire des actions à la
disposition des entreprises moyennes.
Près de quinze mille
de ces entreprises ont la taille pour accéder à une cotation de
leurs actions, sur une des sept Bourses françaises. Quelques
centaines d'entre elles pourraient très rapidement utiliser le marché
financier pour effectuer des augmentations de capital.
La moyenne des besoins,
pour chacune de ces augmentations de capital, se situe entre 5 et 10
millions de francs.
L'ensemble des
transactions du marché financier étant de 150 milliards de francs
par an, il serait très facile - à plusieurs milliers d'entreprises
moyennes - qui seraient viables et fiables, de trouver en Bourse de
petits actionnaires, pour répondre aux augmentations de capital.
La parcellisation du
capital et l'ouverture et l'ouverture de celui-ci vers une multitude
d'actionnaires est une forme de socialisation qui devrait se développer.
Si, par ailleurs, on
admet qu'investir dans ce qui sera l'industrie de demain est bien plus
passionnant que d'investir dans une société dite "de père de
famille", où la progression devient faible, nous pouvons prévoir
que l'attention des Français qui cherchent à investir devrait être
attirée vers le marché des actions des PME PMI.
Il apparaît donc :
- que l'on peut trouver, aisément, sur le marché boursier, un
certain nombre de milliards qui pourraient être utilisés pour développer
les fonds propres des sociétés,
- que les moyens existent (hors-cote, "compartiment spécial"),
- que les entreprises n'y seraient pas opposées, si elles étaient
assurées de na pas être mangées par les "loups".
Je peux affirmer
aujourd'hui, que l'expérience que j'ai tentée devrait aboutir, en
1982, à des résultats positifs… si on m'en laisse les moyens.
Il conviendrait
maintenant de favoriser la création d'une certaine information et
d'un réseau plus important, à travers la France.
C'est ce
que je me propose de faire, avec tous les concours, et toutes les
bonnes volontés que je trouverai.
Jean
SALWA (en 1982)
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